[]« L'amour me manque.J'ai l'impression d'avoir attendu l'amour toute ma vie. Je suis impatiente. Je brûle le temps, je suis pressée d'arriver au rendez-vous de l'amour. L'amour, c'est l'Autre, les autres, mon père, ma mère, ma fille, ma coiffeuse, le serveur qui ne voit que moi, mon voisin qui aime tant mon rire. Je n'en ai pas assez. Je veux qu'on m'aime, qu'on me le dise, le crie, le répète. Que l'amour brille dans les yeux, danse dans un sourire, qu'on me caresse jusqu'au bout, jusqu'à m'user. D'où vient ce goût de l'amour, cette boulimie tendre et insatiable ? Je ne sais pas. C'est sûrement ma nature. J'ai attendu longtemps avant d'entendre " je t'aime ", " je-aime-toi " et personne d'autre. L'ai-je un jour entendu ? Trois mots comme une naissance, une petite bombe au tic-tac inconnu. " Je t'aime ", on me l'a déjà dit, l'amour a été prononcé, finalement. Mes parents m'ont aimée, profondément, silencieusement. Un amour muet, pudique, paralysé. L'amour parental n'avait pas de mots, de gestes, il ne se formulait pas, les enfants ne s'enlaçaient pas. C'était comme ça comme un handicap, une tradition vécue et perpétuée. Moi, je voulais des bisous, des chansons, de la fougue pour y croire, ça n'a pas changé. Le silence, la neutralité douce, les phrases monocordes et les comportements conventionnels de mes parents étaient comme un bandeau sur leur bouche. Un barrage au flot de l'amour, et je n'ai jamais su la vraie température de l'eau. Alors j'ai couru l'amour, comme on cherche un trésor, comme on se cherche, on n'existe pas avant " je t'aime ". Je cours encore. »